CORREEEEEEEEEEEEEEEEECT.
Il s'agissait d'
Alexandre Marius Jacob, le célèbre voleur qui a entièrement inspiré le personnage d'
Arsène Lupin au journaliste et écrivain Maurice Leblanc.
Très jeune il s'engagea dans la marine, puis embarqua dans un bateau de pirates. Après ces aventures maritimes il se convertit à la religion anarchiste (haha) et devint voleur pendant de longues années. Sa particularité était qu'il ne volait toujours que des gens riches, qu'il versait ensuite 10% de ses "gains" à la cause anarchiste, et que le reste était utilisé en partie pour vivre, en partie redonné aux plus pauvres.
Son procès resta célèbre puisqu'une foule immense l'acclamait et chantait la Carmagnole avec lui. Célèbre aussi car il s'y défendit lui-même sans se défendre, puisqu'il attaqua ses adversaires durant tout le procès. (Et donc Maurice Leblanc était journaliste envoyé spécial pour un journal durant ce procès.)
Il fit environ 25 ans de bagne en Guyane, sans jamais devenir fou (un exploit !). Il sortit libre et devint alors forain. Durant ces années, de fortes présomptions l'accusent d'avoir utilisé son métier afin de faire passer moult armes aux armées libertaires espagnoles durant la Guerre d'Espagne.
Arrivé dans un état de vieillesse assez avancé, il écrivit une lettre ("Linge lessivé, rincé, séché, mais pas repassé. J'ai la cosse, excusez. Vous trouverez deux litres de rosé à côté de la panetière. A votre santé !") et se suicida, préférant ne pas connaître les affres de la vieillesse avancée (perte de mémoire, dysfonctionnement intellectuel, etc).
Extrait d'un discours durant le procès :
Citation:
La société ne m’accordait que trois moyens d’existence : le travail, la mendicité, le vol. Le travail, loin de me répugner, me plaît, l’homme ne peut même pas se passer de travailler ; ses muscles, son cerveau possèdent une somme d’énergie à dépenser. Ce qui m’a répugné, c’est de suer sang et eau pour l’aumône d’un salaire, c’est de créer des richesses dont j’aurais été frustré. En un mot, il m’a répugné de me livrer à la prostitution du travail. La mendicité c’est l’avilissement, la négation de toute dignité. Tout homme a droit au banquet de la vie.
Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.
Le vol c’est la restitution, la reprise de possession. Plutôt que d’être cloîtré dans une usine, comme dans un bagne, plutôt que mendier ce à quoi j’avais droit, j’ai préféré m’insurger et combattre pied à pied mes ennemis en faisant la guerre aux riches, en attaquant leurs biens. Certes, je conçois que vous auriez préféré que je me soumisse à vos lois ; qu’ouvrier docile et avachi j’eusse créé des richesses en échange d’un salaire dérisoire et, lorsque le corps usé et le cerveau abêti, je m’en fusse crever au coin d’une rue. Alors vous ne m’appelleriez pas « bandit cynique », mais « honnête ouvrier ». Usant de la flatterie, vous m’auriez même accordé la médaille du travail. Les prêtres promettent un paradis à leurs dupes ; vous, vous êtes moins abstraits, vous leur offrez un chiffon de papier.
Je vous remercie beaucoup de tant de bonté, de tant de gratitude, messieurs. Je préfère être un cynique conscient de mes droits qu’un automate, qu’une cariatide.